29 octobre 2006
Les aventures d'Emiliano...
Sortir du métro... l'appel d'air devient plus puissant, soufflant cette étrange odeur propre aux bouches de métro... dehors la nuit, un crachin, la lumière des lampadaires à travers les verres constellés de gouttes de pluie, les mains qui s'enfoncent dans les poches, à la recherche d'une vague chaleur.
Assez moyen comme réconfort, essayer les gants la prochaine fois, ou plutôt essayer de ne pas oublier les gants demain matin... Quitter le boulevard, la rue se fait plus étroite, la lumière moins forte, les mouvements plus rares, le temps semble se ralentir, le pas aussi d'aileurs comme intimidé.
Le bout de la rue, le digicode, les boïtes aux lettres, l'escalier, la porte,... Tiens, il y a quelque chose de nouveau, ce petit carton sur ma porte, hmmm c'est la voisine.... elle dit avoir appréciée les shusis -elle peut, elle a presque tout mangé- elle m'invite à venir prendre un verre chez elle ce soir. Bon donc tu n'as pas été si nul hier soir, elle veut te revoir, c'est bon signe... bon signe de rien du tout grand nigaud, on se calme, elle est bien élevée, point barre !
Comment y aller alors ? en voisin ou en séducteur ? en futur ami ou en futur amant ? D'ailleurs c'est quoi la différence ? Peut être le mieux c'est de ne pas y aller, ressortir en vitesse et rentrer tard exprès... oui c'est une bonne idée, remettre le carton sur la porte et se tailler,... et merde j'ai perdu la punaise... va falloir que j'y aille.
11 juillet 2006
Les aventures d'Emiliano Ruiz, chap 3-2
D'un coup de pédale mou et endormi, Emiliano rejoint son quartier général du 18ème arrondissement, à savoir l'arrière salle du café de la Rotonde.
A la mine un peu cireuse de l'habitué, le patron comprend qu'il y a eu nuit blanche et prépare directement les deux expresso nécessaires. Après avoir avalé d'un trait le premier café, Emiliano essaye de remettre de l'ordre dans ses idées. Pour commencer, une jeune femme, étudiante, dont la vie privée reste assez mystérieuse, disparaît visiblement de manière peu catholique, en tout cas de manière précipitée. Une autre personne, qui veut rester anonyme, l'alerte et le paye grassement pour enquêter sur cette disparition. Pourquoi ne pas avertir la police ? Cet inconnue a-t-il ou a-t-elle des choses à cacher ? L'appartement de la mystérieuse Mélanie est à son image : il ne dit pas grand chose. Peut être son ordinateur en dira-t-il plus ? Il est 7h30, il peut réveiller son ami Bruno, qui saura mieux que lui tirer la quintescence de cet appareil.
Le téléphone sonne inlassablement, Emiliano a a le temps, il laisse sonner... Puis une main approximative décroche et rapproche péniblement le combiné d'une bouche pâteuse qui articule avec difficultés un allo peu convaincu (ndla : j'adore cette phrase). Avec patience, Emiliano recrûte un a un les neurones nécessaires dans le cerveau de son interlocuteur jusqu'à ce que celui-ci comprenne de quoi il s'agit : "OKay, amène la ta bécane, mais je n'te promets rien...". Content de lui, Emiliano avale son deuxièm café, remonte chez lui poser l'album photo de la belle étudiante, puis reprenant son vélo abandonné aux côtés d'un lampadaire, il repart chez son ami Bruno, idéaliste et intermittent de l'informatique, plus souvent au chômage qu'au boulot. Arrivé à la chambre de bonne qui sert de repère à l'informaticien révolté, Emiliano pousse la porte entrouverte et pénètre dans un capharnaum où se mêlent câbles, carcasses d'ordinateur et cartons de pizzas. De ce paysage post-apocalyptique, émerge cependant l'odeur douce et insistante d'un café tout juste coulé.
Se laissant guider par l'odeur, Emiliano trouve une tasse et son ami du côté de ce qui doit être un canapé. Bruno sans un mot tend la tasse à Emiliano, lui montre un espace libre sur le canapé et lui prend le portable des mains. Quelques minutes plus tard, l'ordinateur se ranime, se met à bourdonner et rallume son écran. Tout ça a un côté magique pour Emilliano et totalement routinier pour son ami. Enfin la magie n'a qu'un temps et l'opération lasse vite Emiliano. Il remarque alors qu'il a juste le temps de pousser jusqu'à la Sorbonne avant le début des cours, il abandonne donc le mystérieux engin à son non moins mystérieux ami et repart pour le quartier latin, bien décidé à reprendre ses études mais en changeant de discipline.
13 juin 2006
Chapitre 2
Apnée du métro, regarder ses pieds, balladeur éteint sur les oreilles, j'aime pas la musique mais ça m'isole, on me fout la paix. Ma station... enfin 'ma", c'est idiot comme expression, je ne l'ai pas faite, je ne l'ai pas achetée... enfin bref je descends du métro, je remonte une avenue, et me voilà arrivé. Comme d'habitude, la porte résiste, elle m'aime pas je crois. Au courrier rien d'extraordinaire, le 1er janvier et le 14 février sont loins et de toute manière ça ne me concerne pas... Je vais rentrer chez moi, commander un plateau de sushis et l'avaler en suisse devant mes 70 chaînes câblées, de madame bovary à boursicoteur, le monde n'a pas vraiment changé, l'ennui reste le même...
Tiens il y a quelqu'un sur mon palier, jeune femme, inconnue au bataillon, sûrement une nouvelle locatrice. Je ne suis pas sûr de me rappeler de la tête du précédent, en tout cas il n'est pas resté longtemps. Petit signe de tête, par politesse, on n'est pas des bêtes quand même. Mhh en tout cas elle est mignonne la nouvelle, comment il était le précédent.. ah ça m'énerve de pas me rappeler. Tant pis.
Et c'est parti, les sushis seront là dans une demi-heure, ils repassent un inspecteur Harry. Ca a un peu veilli quand même... Tiens on sonne, ils sont rapides ces livreurs. J'ouvre, et là gros coup d'arrêt, et comme un con je me mets à transpirer, ce n'est pas le livreur c'est la voisine. Dire Bonsoir, vas-y articule, oh misère qu'elle est mignonne. Elle te demande un oeuf ; un oeuf, ça sert à quoi ça un oeuf, ah oui ça se mange, ben non t'en n'as pas et puis vaut mieux qu'elle ne voit pas le désert arctique qui te sert de frigo. Trouver une manière polie de déclarer l'impossibilité pratique de prêter un oeuf, ouf ça y est. Sourire ; ouh là crispé le sourire, elle va te prendre pour un pervers. Dire au revoir, fermer la porte. Et mais qu'est ce que tu fais, pourquoi tu rouvres cette porte ?
- Mademoiselle, excusez moi, je n'ai pas d'oeuf mais j'ai commandé des sushis, ils devraient arriver dans quelques minutes, et si vous voulez, enfin, comme j'ai rien à vous prêter pour ce soir, si vous voulez, on peut partager... de toute façon il y en a toujourd trop pour une personne. Et bon comme on est voisin maintenant, on pourrait faire connaissance.
Bon là ça y'est t'es grillé, A ses yeux, t'es un pervers qui guette les locataires célibataires ; elle ne va plus jamais te parler de l'année. Quel con !
- Avec plaisir, si ça ne vous dérange pas, bien entendu
Non c'est pas possible, elle a dit oui... bon va falloir assurer maintenant, dans quelle galère tu t'es embarqué mon pauvre gars. Ah oui la faire rentrer, et là qu'est ce que je dois faire maintenant, ah oui me présenter peut-être :
- Au fait, je me présente, Alain, Alain Constant ; j'habite ici depuis 5 ans.
- Moi c'est Mélanie ; je viens d'arriver, je suis étudiante.
- Oui j'avais vu (mais t'es con, qu'est ce que t'as besoin de la casser), et vous êtes étudiante en quoi (comment on fait pour poser cette question sans qu'elle paraisse bâteau ?)
- En histoire de l'art, à Paris IV.
- Et Paris IV, c'est où ? Vous savez moi j'ai fait une école de commerce, alors l'universtié je ne connais pas trop.
04 juin 2006
Chapitre 1-1
Une pluie douce, silencieuse et pénétrante, grisait le paysage mais pas les parisiens en ce soir de novembre. Tous semblaient pressés de regagner leurs pénates et fuyaient les trottoirs de la ville pour s'engouffrer dans la tiédeur des bouches de métro. Dans la pénombre tombante, personne ne remarquait ce gars enfoncé dans l'encognure d'une porte cochère, qui semblait attendre une hypothètique acalmie sous son maigre abri ; personne ne remarquait non plus la bosse sous son imper, au niveau du ventre. Une passante par contre avait remarqué cet imper, complètement hors d'âge et avait levé les yeux au ciel en pensant à ces hommes qui n'avaient aucun goût vestimentaire et continuaient à porter des manteaux de leurs grand-pères. C'était bien là le dernier souci d'Emiliano Ruiz ; lui il attendait que ce couillon de Monsieur Dupond sorte enfin de son 5 à 7, qu'il le flashe, ramène les photos à sa légitime, encaisse le chèque et passe à un autre Monsieur Dupont, une autre légitime et un autre chèque, un autre chèque surtout. Au début il aimait bien ça ; de toute façon il ne voulait pas être détective privé, enfant, il ne faisait pas de rêves d'aventures à la Magnum et de toutes manières il trouvait les voitures rouges trop voyantes et ne supportait pas de porter la moustache. Les flags d'adultères lui étaient un peut tombés dessus sans prévenir, une occasion dans un moment de galère. En général, quelques jours de filature, et clic-clac, l'oiseau était piégé. Restait alors à jauger qui, du frivole ou de l'inquiet allait payer le plus. Car s'il n'était pas arrivé au métier par romantisme, il ne comprenait pas trop le sens du mot déontologie. De tout façon, se disait-il, personne n'avait été foutu de lui montrer l'exemple, alors pourquoi se priver ?
Quelques heures plus tard, le pauvre Dupont sur sa pellicule, Emiliano rentrait dans le 18ème, retrouver son appartement mansardé rue Lamarck. Avant d'avaler 4 à 4 les 6 étages (pratique stupide à l'issue de laquelle il arrivait complètement essouflé mais c'était plus fort que lui, il ne pouvait s'en empêcher), un regard lancé sans y croire à sa boîte aux lettres, l'arrêta net dans son ascension de sprinter. Une grande enveloppe dépassait de sa boîte ; ce n'était pas la saison des impôts, ça ne ressemblait pas à une pub, c'était peut-être un client... Il décacheta l'enveloppe tant bien que mal (ce qui lui fit penser que les mots déchiqueter et décacheter étaient phonétiquement trop proche pour ne pas y voir un signe du destin et une excuse universelle pour tout ceux qui n'ouvraient pas leur correspondance avec un coupe-papier ; pour sa part il trouvait toujours une clé prête à faire cet office, sans la classe de l'outil idoine, mais toujours avec efficacité), jeta un coup d'oeil sur une lettre et la photo qui l'accompagnait. Le texte était long et embarassé, la photo représentait une jolie brune ; on était loin des affaires routinières. Au fond de l'enveloppe une liasse de billets alourdissait l'enveloppe : on s'éloignait de plus en plus du flag d'adultère.
Afin de donner à cette affaire naissante, toute l'attention qu'elle méritait, il fit demi-tour, abandonnant son bureau-appartement-placard pour l'arrière salle de la Rotonde et un demi, nécessaire pour lui conférer toute la sérénité que ce courrier peu banal nécessitait. Avant de pousser la porte du café, il passa la main sous le nez, comme pour vérifier qu'une moustache n'était pas apparue miraculeusement. Pour la Ferrari, il était déjà sûr de la réponse négative.
