26 juin 2006
Chapitre 3-1
A pas de loup Emiliano monte l'escalier de l'immeuble hosmanien ; s'il y a eu un tapis rouge, il est parti depuis longtemps et probablement pas dans les airs, et s'il y a eu concierge, il s'est probablement fait la malle avec le tapis. La première observation ne fait pas l'affaire d'Emiliano, la moquette aurait amortie le bruit de ses pas, la deuxième l'arrange plus que la première ne l'embête. C'est donc presque calme et serein, c'est a dire suant dans le dos mais arrivant à contrôler ses mouvements, qu'Emiliano arrive au deuxième étage : 2 portes se présentent, aucune ne laisse filtrer de lumière. En s'approchant de la porte gauche, il se demande ce qu'il fait là car le diplôme de détective privé, qu'il n'a d'ailleurs pas et ne sait même pas s'il existe vraiment, ne contient pas la maîtrise des verrous pour abri atomique et c'est pourtant à ça que ressemble cette porte. Enfin par acquis de conscience, il presse sur la poste et constate alors qu'aucun des verrous n'est tiré, il ne lui reste plus qu'à pousser la gâchette de la serrure. C'est dans ses cordes et bientôt la porte dévoile l'intérieur d'un studio.
Emiliano est d'abord saisi par une discrète odeur de moisi ; l'inspection du coin cuisine lui confirme que cette odeur provient de quelques fruits qui au vu de leur état avancé de pourrissement, ne donneront plus de vitamines à un être humain. Soit Emiliano a trouvé son maître en pourrissement de fruits sur un coin de placard, soit la locataire a quitté précipitamment son domicile. L'idée qu'il se fait de l'habitante à partir de la photo ne colle pas avec la première option, ni avec la cause de sa présence ici ; tout ceci sent la disparition louche. Première conclusion de l'enquête : une disparition louche a l'odeur d'une pomme blette. Emiliano décide de noter intérieurement cette sentence qui servira d'introduction au manuel du parfait détective qu'il rédigera quand il sera trop vieux pour se cacher dans les embrasures des portails.
Côté chambre à coucher, un bureau atteste de l'activité de la belle disparue : des ouvrages d'histoire de l'art, tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les bas-reliefs des églises romanes et n'avez jamais osé le demander doit se trouver quelque part dans ces piles de livres et de polycopiés. Ces reliefs d'une vie étudiante rappellent à Emiliano la sienne, sa licence de psycho qui l'avait tout naturellement menée à espionner les gens. Principale différence d'avec sa vie étudiante à lui, l'ordinateur portable qui émerge des différents ouvrages ouverts. Ces machines n'étant pas la tasse de thé d'Emiliano, il décide de l'éclipser et demandera à la personne idoine de lui livrer les secrets de la machine. La garde-robe semble complète, la salle de bains contient tout le nécessaire de toilette, le dentifrice a séché sur l’embout, la belle est partie il y a quelques temps et n’a rien emporté, c’est maintenant sûr.
Sans conviction ; Emiliano cherche un potentiel journal intime ; la table de nuit aucun recueil particulier, un polar prend la poussière sur la table de chevet et le radio réveil semble programmer pour tenter de réveiller le voisin tous les jours à 7 heures. Plus prometteur, un album photo lui donne espoir de retrouver quelques amies d’amphithéâtre qui pourront lui donner des détails sur la mystérieuse Mélanie. Un emploi du temps lui dit même à quelle heure chasser l’étudiante en histoire de l’art. Une dernière inspection ne lui fournissant aucun nouvel élément, Emiliano décide de repartir, enrichi d’un double de clés, d’un ordinateur portable et d’un album photo. Avant de partir, il repart vers le lit, et s’empare du polar : il ne servira pas avant quelques temps et pourrait lui donner des idées. Arrivé sur le pallier, il note le nom du voisin, un certain Alain Constant, et repart discrètement. Dans la rue, son vieux clou l’attend, il n’y a plus qu’à retraverser Paris en évitant les jets des véhicules de la ville de Paris qui commencent déjà leur ballet matinal.
13 juin 2006
Essai avec du vrai son dedans
Plus fort le rock !!!! moi j'aime le rock fort
Chapitre 2
Apnée du métro, regarder ses pieds, balladeur éteint sur les oreilles, j'aime pas la musique mais ça m'isole, on me fout la paix. Ma station... enfin 'ma", c'est idiot comme expression, je ne l'ai pas faite, je ne l'ai pas achetée... enfin bref je descends du métro, je remonte une avenue, et me voilà arrivé. Comme d'habitude, la porte résiste, elle m'aime pas je crois. Au courrier rien d'extraordinaire, le 1er janvier et le 14 février sont loins et de toute manière ça ne me concerne pas... Je vais rentrer chez moi, commander un plateau de sushis et l'avaler en suisse devant mes 70 chaînes câblées, de madame bovary à boursicoteur, le monde n'a pas vraiment changé, l'ennui reste le même...
Tiens il y a quelqu'un sur mon palier, jeune femme, inconnue au bataillon, sûrement une nouvelle locatrice. Je ne suis pas sûr de me rappeler de la tête du précédent, en tout cas il n'est pas resté longtemps. Petit signe de tête, par politesse, on n'est pas des bêtes quand même. Mhh en tout cas elle est mignonne la nouvelle, comment il était le précédent.. ah ça m'énerve de pas me rappeler. Tant pis.
Et c'est parti, les sushis seront là dans une demi-heure, ils repassent un inspecteur Harry. Ca a un peu veilli quand même... Tiens on sonne, ils sont rapides ces livreurs. J'ouvre, et là gros coup d'arrêt, et comme un con je me mets à transpirer, ce n'est pas le livreur c'est la voisine. Dire Bonsoir, vas-y articule, oh misère qu'elle est mignonne. Elle te demande un oeuf ; un oeuf, ça sert à quoi ça un oeuf, ah oui ça se mange, ben non t'en n'as pas et puis vaut mieux qu'elle ne voit pas le désert arctique qui te sert de frigo. Trouver une manière polie de déclarer l'impossibilité pratique de prêter un oeuf, ouf ça y est. Sourire ; ouh là crispé le sourire, elle va te prendre pour un pervers. Dire au revoir, fermer la porte. Et mais qu'est ce que tu fais, pourquoi tu rouvres cette porte ?
- Mademoiselle, excusez moi, je n'ai pas d'oeuf mais j'ai commandé des sushis, ils devraient arriver dans quelques minutes, et si vous voulez, enfin, comme j'ai rien à vous prêter pour ce soir, si vous voulez, on peut partager... de toute façon il y en a toujourd trop pour une personne. Et bon comme on est voisin maintenant, on pourrait faire connaissance.
Bon là ça y'est t'es grillé, A ses yeux, t'es un pervers qui guette les locataires célibataires ; elle ne va plus jamais te parler de l'année. Quel con !
- Avec plaisir, si ça ne vous dérange pas, bien entendu
Non c'est pas possible, elle a dit oui... bon va falloir assurer maintenant, dans quelle galère tu t'es embarqué mon pauvre gars. Ah oui la faire rentrer, et là qu'est ce que je dois faire maintenant, ah oui me présenter peut-être :
- Au fait, je me présente, Alain, Alain Constant ; j'habite ici depuis 5 ans.
- Moi c'est Mélanie ; je viens d'arriver, je suis étudiante.
- Oui j'avais vu (mais t'es con, qu'est ce que t'as besoin de la casser), et vous êtes étudiante en quoi (comment on fait pour poser cette question sans qu'elle paraisse bâteau ?)
- En histoire de l'art, à Paris IV.
- Et Paris IV, c'est où ? Vous savez moi j'ai fait une école de commerce, alors l'universtié je ne connais pas trop.
Adieu Macha
Avant de lire le post en entier, faire play, puis commencer à lire, la réponse est à la fin mais faut pas lire la fin avant d'avoir lu le début !
L'élément qui a le plus changé dans ma vie quotidienne depuis mon départ de France, c'est bien la radio. Ben oui même si j'ai emmené un poste avec moi, ce n'est quand même pas tout à fait pareil d'écouter la radio en allemand (ou en belge avec de la friture sur les grandes ondes). Car il faut le reconnaître, et je m'y prête même plutôt avec une pointe de fierté (pointe aussi fine que mes moustaches), je suis un radio-addict. La radio a été en effet le soutien de bien des nuits de noctambulisme et d'insomnie. Ah les chemins de la connaissance, sur France Culture, cette émission incroyable qui retransmet des cours publics de profs de fac, sur des sujets aussi variés qu'intéressant tout honnête homme. C'est diffusé de 6 à 7 donc parfait pour les réveils anticipés (je sais, j'en connais qui ne connaissent pas ce mal du réveil trop matinal mais moi ça m'arrive) ; donc hop tu te réveilles sur les coups de 6h15, d'un geste lourd et machinal tu écrases tous les boutons du radio réveil jusqu'à e qu'il daigne enfin s'allumer : et donc là tu entends un discours captivant, généralement formulé d'un ton docte et monocordre. Tes neurones encore embrûmés par leur séjour dans les bras de Morphée te font vaguement signer pour te dire que ça a l'air passionant, ta conscience oppine du bonnet (de nuit, le bonnet), la vue te dit que circulez y a rien à voir, donc autant fermer les yeux pour écouter la voix radiodiffusée de la sagesse, et la irrémédiablement la voix neuronale de la sagesse ferme la boutique et te voilà rendormi jusqu'à ce qu'une audition de cauchemard (l'alter ego de la vision d'horreur) t'arrache encore une fois de ce Morphée décidément très collant, je pense bien sûr à la chronique internationale d'Alexandre Adler ; ça c'est aussi radical qu'un sceau d'eau, et donc hop tu t'arraches et tu plantes la Morphée en collants.
Donc parmi mes radiophoniques habitudes, je comptais Macha et sa voix incroyable. Elle passe (passait) sur Inter après minuit et demi, juste derrière l'escellente émission musicale de Laurent Lavige. Alors voilà l'émission de Macha c'est de l'inclassable, c'est du monumental au même titre que le jeu des mille euros-francs. Hors hier soir, accablé par la chaleur rhénane, impossible de m'endormir malgrè l'heure tardive ; en désespoir de cause, j'allume TV5 et je tombe sur cet insupportable Faugiel qui était là à emmerder 3 acteurs de corvée de promo pour 3 films différents. Et en sus, Adriana Karambeu (et la comparaison Alexandra Lamy - Adriana Karambeu n'est pas à l'avantage de cette dernière) et Macha Béranger. Et donc j'apprends, avec stupéfaction, que Macha vient d'être remerciée et que son émission ne sera pas sur la prochaine grille d'Inter. Bon il est certain que je ne suis que partiellement concerné, de toute manière à la rentrée prochaine je ne serais pas en mesure d'écouter inter la nuit, mais une émission de 29 ans d'âge, on finit par croire que ça peut pas s'arrêter.
Alors il paraît que pleins d'auditeurs se mobilisent pour faire revenir Macha et la rauque Macha est visiblement très bouleversée et fait donc les plateaux télé. Je n'ai pas d'opinion sur l'opportunité ou non de supprimer Macha, je trouve seulement que y a pas que du bon dans la nouvelle génération d'inter et ça fit bizarre de se dire qu'on pourra plus entendre Macha et surtout, car j'ai un peu fait l'hypocrite jusqu'ici, ce que je préférais dans l'émission de Macha, c'était le générique du début, le Concerto pour piano et orchestre n° 21 en Ut Majeur de Mozart (Andante), interprété par le London Symphony Orchestra dirigé par Claudio Abbado.
Bon voilà un joli post pour réveiller ce blog anémique. Bises à tous.
05 juin 2006
Chapitre 1-2
Attablé dans l'arrière salle, retranché derrière une table du coin, Emiliano commença à déchiffrer cet étrange courrier : la photo, prise un peu en voleur comme l'attestait le léger flou, représentait une jeune femme d'environ vingt-cinq ans, le visage encadré par un rideau de cheveux sombres ; deux grands anneaux signalaient la présence d'oreilles sous la lourde chevelure. La lettre donnait quelques détails, la belle inconnue avait maintenant un nom, Mélanie Nada, étudiante en histoire de l'art, une adresse, dans le 15ème, et une raison sociale : portée disparue.
Le joli minois avait aussi un prix, 3 000 euros en grosses coupures. Rapidement, Emiliano eclipsa la liasse et se reconcentra sur la lettre : son auteur anonyme disait être inquiet de la disparition de Mélanie depuis une semaine et chargeait le détective d'enquêter. Il souhaitait garder son identité secrète et ne laissait qu'une adresse e-mail comme moyen de communication. Emiliano n'aimait pas trop ça, le commanditaire mystérieux ; c'était un coup à tremper dans des affaires louches dont on ne ressort pas toujours bien propre. Mais l'argent était là, plutôt bienvenu d'ailleurs et dans le cas d'origines peu recommandables de l'expédieteur, mieux valait lui en donner pour son argent, ou du moins le balader un peu le temps de mieux voir où tout celà menait. Pour attendre l'heure des chats et des détectives privés, il décida d'attaquer le paquet fraîchement hébergé dans la poche gauche de son imper (c'est vrai qu'il était crasseux cet imper, faudrait peut-être trouver quelque chose de plus banal) et commanda une entrecôte bien arrosée.
Quand vint une heure compatible avec des activités que l'on préfère à l'abri des regards, il récupéra son antique vélo dans la cour de son immeuble et traça vers le 15ème. Arrivé à proximité, il abandonna sa monture et s'approcha de la porte ; évidemment un portillon électrique lui interdisait l'entrée. Emiliano extirpa un trousseau de clé récupéré d'un vacataire des Postes ; celui-ci, licencié trop hâtivement, n'avait pas eu le temps de remettre le précieux césame et n'avait pas rechigné à l'échanger contre une place de coursier un peu spécial qu'Emiliano lui avait déniché. Après quelques essais, il trouva enfin le bon pass et pénétra discrètement dans la cour où s'alignait les boîtes aux lettres. Il trouva rapidement celle de Mélanie Nada, la seule qui débordait de prospectus. Aisément il força la serrure, tria les quelques lettres susceptibles d'intérêt puis remit les publicités à leur place. La boîte indiquait 2ème gauche, Emiliano ne pouvait résister à cette invitation.
04 juin 2006
Chapitre 1-1
Une pluie douce, silencieuse et pénétrante, grisait le paysage mais pas les parisiens en ce soir de novembre. Tous semblaient pressés de regagner leurs pénates et fuyaient les trottoirs de la ville pour s'engouffrer dans la tiédeur des bouches de métro. Dans la pénombre tombante, personne ne remarquait ce gars enfoncé dans l'encognure d'une porte cochère, qui semblait attendre une hypothètique acalmie sous son maigre abri ; personne ne remarquait non plus la bosse sous son imper, au niveau du ventre. Une passante par contre avait remarqué cet imper, complètement hors d'âge et avait levé les yeux au ciel en pensant à ces hommes qui n'avaient aucun goût vestimentaire et continuaient à porter des manteaux de leurs grand-pères. C'était bien là le dernier souci d'Emiliano Ruiz ; lui il attendait que ce couillon de Monsieur Dupond sorte enfin de son 5 à 7, qu'il le flashe, ramène les photos à sa légitime, encaisse le chèque et passe à un autre Monsieur Dupont, une autre légitime et un autre chèque, un autre chèque surtout. Au début il aimait bien ça ; de toute façon il ne voulait pas être détective privé, enfant, il ne faisait pas de rêves d'aventures à la Magnum et de toutes manières il trouvait les voitures rouges trop voyantes et ne supportait pas de porter la moustache. Les flags d'adultères lui étaient un peut tombés dessus sans prévenir, une occasion dans un moment de galère. En général, quelques jours de filature, et clic-clac, l'oiseau était piégé. Restait alors à jauger qui, du frivole ou de l'inquiet allait payer le plus. Car s'il n'était pas arrivé au métier par romantisme, il ne comprenait pas trop le sens du mot déontologie. De tout façon, se disait-il, personne n'avait été foutu de lui montrer l'exemple, alors pourquoi se priver ?
Quelques heures plus tard, le pauvre Dupont sur sa pellicule, Emiliano rentrait dans le 18ème, retrouver son appartement mansardé rue Lamarck. Avant d'avaler 4 à 4 les 6 étages (pratique stupide à l'issue de laquelle il arrivait complètement essouflé mais c'était plus fort que lui, il ne pouvait s'en empêcher), un regard lancé sans y croire à sa boîte aux lettres, l'arrêta net dans son ascension de sprinter. Une grande enveloppe dépassait de sa boîte ; ce n'était pas la saison des impôts, ça ne ressemblait pas à une pub, c'était peut-être un client... Il décacheta l'enveloppe tant bien que mal (ce qui lui fit penser que les mots déchiqueter et décacheter étaient phonétiquement trop proche pour ne pas y voir un signe du destin et une excuse universelle pour tout ceux qui n'ouvraient pas leur correspondance avec un coupe-papier ; pour sa part il trouvait toujours une clé prête à faire cet office, sans la classe de l'outil idoine, mais toujours avec efficacité), jeta un coup d'oeil sur une lettre et la photo qui l'accompagnait. Le texte était long et embarassé, la photo représentait une jolie brune ; on était loin des affaires routinières. Au fond de l'enveloppe une liasse de billets alourdissait l'enveloppe : on s'éloignait de plus en plus du flag d'adultère.
Afin de donner à cette affaire naissante, toute l'attention qu'elle méritait, il fit demi-tour, abandonnant son bureau-appartement-placard pour l'arrière salle de la Rotonde et un demi, nécessaire pour lui conférer toute la sérénité que ce courrier peu banal nécessitait. Avant de pousser la porte du café, il passa la main sous le nez, comme pour vérifier qu'une moustache n'était pas apparue miraculeusement. Pour la Ferrari, il était déjà sûr de la réponse négative.
