A pas de loup Emiliano monte l'escalier de l'immeuble hosmanien ; s'il y a eu un tapis rouge, il est parti depuis longtemps et probablement pas dans les airs, et s'il y a eu concierge, il s'est probablement fait la malle avec le tapis. La première observation ne fait pas l'affaire d'Emiliano, la moquette aurait amortie le bruit de ses pas, la deuxième l'arrange plus que la première ne l'embête. C'est donc presque calme et serein, c'est a dire suant dans le dos mais arrivant à contrôler ses mouvements, qu'Emiliano arrive au deuxième étage : 2 portes se présentent, aucune ne laisse filtrer de lumière. En s'approchant de la porte gauche, il se demande ce qu'il fait là car le diplôme de détective privé, qu'il n'a d'ailleurs pas et ne sait même pas s'il existe vraiment, ne contient pas la maîtrise des verrous pour abri atomique et c'est pourtant à ça que ressemble cette porte. Enfin par acquis de conscience, il presse sur la poste et constate alors qu'aucun des verrous n'est tiré, il ne lui reste plus qu'à pousser la gâchette de la serrure. C'est dans ses cordes et bientôt la porte dévoile l'intérieur d'un studio.

Emiliano est d'abord saisi par une discrète odeur de moisi ; l'inspection du coin cuisine lui confirme que cette odeur provient de quelques fruits qui au vu de leur état avancé de pourrissement, ne donneront plus de vitamines à un être humain. Soit Emiliano a trouvé son maître en pourrissement de fruits sur un coin de placard, soit la locataire a quitté précipitamment son domicile. L'idée qu'il se fait de l'habitante à partir de la photo ne colle pas avec la première option, ni avec la cause de sa présence ici ; tout ceci sent la disparition louche. Première conclusion de l'enquête : une disparition louche a l'odeur d'une pomme blette. Emiliano décide de noter intérieurement cette sentence qui servira d'introduction au manuel du parfait détective qu'il rédigera quand il sera trop vieux pour se cacher dans les embrasures des portails.

Côté chambre à coucher, un bureau atteste de l'activité de la belle disparue : des ouvrages d'histoire de l'art, tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les bas-reliefs des églises romanes et n'avez jamais osé le demander doit se trouver quelque part dans ces piles de livres et de polycopiés. Ces reliefs d'une vie étudiante rappellent à Emiliano la sienne, sa licence de psycho qui l'avait tout naturellement menée à espionner les gens. Principale différence d'avec sa vie étudiante à lui, l'ordinateur portable qui émerge des différents ouvrages ouverts. Ces machines n'étant pas la tasse de thé d'Emiliano, il décide de l'éclipser et demandera à la personne idoine de lui livrer les secrets de la machine. La garde-robe semble complète, la salle de bains contient tout le nécessaire de toilette, le dentifrice a séché sur l’embout, la belle est partie il y a quelques temps et n’a rien emporté, c’est maintenant sûr.

 

Sans conviction ; Emiliano cherche un potentiel journal intime ; la table de nuit aucun recueil particulier, un polar prend la poussière sur la table de chevet et le radio réveil semble programmer pour tenter de réveiller le voisin tous les jours à 7 heures. Plus prometteur, un album photo lui donne espoir de retrouver quelques amies d’amphithéâtre qui pourront lui donner des détails sur la mystérieuse Mélanie. Un emploi du temps lui dit même à quelle heure chasser l’étudiante en histoire de l’art. Une dernière inspection ne lui fournissant aucun nouvel élément, Emiliano décide de repartir, enrichi d’un double de clés, d’un ordinateur portable et d’un album photo. Avant de partir, il repart vers le lit, et s’empare du polar : il ne servira pas avant quelques temps et pourrait lui donner des idées. Arrivé sur le pallier, il note le nom du voisin, un certain Alain Constant, et repart discrètement. Dans la rue, son vieux clou l’attend, il n’y a plus qu’à retraverser Paris en évitant les jets des véhicules de la ville de Paris qui commencent déjà leur ballet matinal.